L’histoire : Un psychopathe sème la terreur dans le Middle West. Il se réclame du nom de Buffalo Bill. Le FBI est sur l’affaire et charge une jeune recrue d’interroger Hannibal Lecter, dit Hannibal le Cannibale. Mais, ces rencontres vont mener à un jeu étrange fait de fascination et de répulsion.
Mon avis : Au milieu des années 80, le réalisateur Michael Mann est engagé pour adapter Dragon Rouge, une adaptation du second livre de Thomas Harris.
Malheureusement, Manhunter ou le Sixième Sens en France, ne connaitra pas le succès escompté et demeure, encore aujourd'hui, quelque peu oublié, malgré ses indéniables qualités.
En 1991. Gene Hackman obtient les droits d'adaptation pour le cinéma du roman Le Silence Des Agneaux, la suite de Manhunter, toujours écrit par Thomas Harris.
Il prévoit d'en assurer à la fois la réalisation et d'y jouer un rôle. Mais, à la lecture du scénario signé Ted Tally, le comédien décide de jeter l’éponge, considérant que tout cela est beaucoup trop violent pour lui.
Jonathan Demme, metteur en scène formé à l'école de Roger Corman, récupère finalement le projet,
Le réalisateur, qui avait signé deux ans avant la comédie Veuve Mais Pas Trop, avec Michelle Pfeiffer, souhaite à nouveau engager la comédienne sur Le Silence Des Agneaux, mais, cette dernière refuse catégoriquement.
Ce sera également le cas d’Emma Thompson, Meg Ryan ou Kim Basinger.
A la même époque que le précédent film de Jonathan Demme était sorti un autre long métrage baptisé Les Accusés, qui avait valu un Oscar à son interprète principale, Jodie Foster.
Impressionné par le film, le réalisateur du Silence Des Agneaux décide d'engager la comédienne pour le personnage de Clarice Sterling, prestation qui lancera véritablement la carrière de l'actrice.
Avec son partenaire de jeu Scott Glenn, Jodie Foster devra subir un entrainement intensif au sein de véritables unités du F.B.I afin d'être la plus cohérente possible.
Comédien ayant débuté au théâtre dans les années 60 et qui commencera une carrière de plus en plus importante au cinéma entre la fin des années 70 et le début des années 80, notamment grâce à son personnage dans Elephant Man de David Lynch, Anthony Hopkins accepte pour la première fois de sa carrière d'interpréter un véritable rôle de méchant.
Encore plus que Jodie Foster avec Clarice Sterling, le rôle d'Hannibal Lecter collera à la peau d'Anthony Hopkins au point que ce dernier le reprendra par trois fois.
Outre le trio de comédiens déjà cité, la distribution compte également Ted Levine, Diane Baker, Kasi Lemmons, Anthony Heald, Charles Napier et les apparitions de Chris Isaak, Roger Corman, et Georges A. Roméro. A noter que ce dernier n'est pas crédité au générique.
L'histoire tourne autour de Clarice Sterling, jeune recrue du F.B.I encore étudiante à l'école de police, et qui se voit confié par Jack Crawford, le directeur du service sa première grosse mission : Interroger un psychopathe cannibale très intelligent, ancien médecin psychiatre, nommé Hannibal Lecter.
Mais, l'agent Staling va découvrir la réalité de sa mission sur le terrain, car, Crawford compte proposer un marché au psychopathe en échange d'informations sur un tueur terrorisant la région, et surnommé Buffalo Bill suite à une blague de mauvais goût d'un policier.
Ce que la jeune femme ignore, c'est qu'Hannibal Lecter va développer avec elle une relation étrange, s'apparentant à celle entre un patient et son médecin. Clarice se voit alors contrainte de dévoiler des morceaux de son enfance difficile, permettant ainsi à Lecter de pénétrer son esprit.
D'emblée, le scénario part d'une véritable incohérence, puisqu'il est difficilement envisageable que des policiers confient une mission aussi difficile à une novice. Pourtant, le réalisateur se sert autant qu'il le peut de cet élément impossible par rapport à la réalité, pour en faire un effet de miroir.
Indéniablement, la jeune femme veut faire ses preuves et compte bien se servir de cette affaire pour y parvenir. Mais, il est clair que ses collègues ne la prennent pas au sérieux, d'abord parce que c'est une femme et ensuite, parce que, justement, ils la trouvent trop jeune.
Jonathan Demme va même plus loin et faisant évoluer Clarice Sterling dans un milieu totalement machiste, rempli d'obsédé sexuel, souvent des policiers, jetant des regards gourmands sur l'anatomie de la jeune femme.
Cette dernière est d'ailleurs dépeinte comme une personne frustrée, pour ne pas dire coincée, vivant encore dans les traumatismes de son enfance, notamment le souvenir d'un père lui aussi policier qui demeurait son seul parent et qu'elle a perdu très jeune.
Des souffrances qu'Hannibal Lecter, assoiffé de souffrances finalement bien plus que de chair fraîche, va lui faire avouer. Dès sa première apparition, ce dernier à le mérite de provoquer des frissons, debout dans une cellule capitonnée et regardant son interlocutrice droite dans les yeux, comme s’il cherchait déjà à la sonder avant qu'elle n'ait commencé à parler.
Jonathan Demme fait de ce personnage manipulateur rien de moins qu'une représentation moderne du diable. Oubliez l'image quelque peu poussiéreuse de la créature dans le feu et à la tête orné de cornes. Dans Le Silence Des Agneaux, Satan existe et il se baptise Hannibal Lecter.
Si Jodie Foster demeure parfaite de fragilité dans le rôle de Clarice Sterling, c'est surtout Anthony Hopkins, avec son regard presque illuminé, qui stupéfie le plus dans la peau de ce personnage totalement insaisissable.
Finalement, dans Le Silence Des Agneaux, l'histoire de ce psychopathe surnommé Buffallo Bill reste quelque peu secondaire, le réalisateur préférant s'en servir pour livrer une étude psychologique basé sur deux personnages antagonistes dont la relation antagoniste est pour beaucoup dans la complexité du long métrage.
Le Silence Des Agneaux est une œuvre qui n'a pas pris une ride aujourd'hui. Jonathan Demme évite autant que possible de sombrer dans le glauque ou le gore, auquel le sujet aurait pu facilement se prêter, et préfère jouer la carte de l'ambiance et de la suggestion, comme dans ce passage ou un infirmier montre la photo d'une victime mutilée par Hannibal Lecter à Clarice Sterling.
On ne verra jamais la photo, et le réalisateur préfère tabler sur l'imagination du spectateur tandis que l'infirmier décrit l'image à la jeune femme qui grimace.
Aujourd'hui, le film de Jonathan Demme fait partie des films culte du cinéma. Un long métrage toujours aussi efficace aujourd'hui et qui reste une valeur sûre du genre autant qu'un film essentiel à connaître pour tout cinéphile.